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Full text of "Les États-Unis et l'Europe : rupture de l'union, reconnaissance du Sud, abolition de l'esclavage"

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ÉTATS-UNIS 



ET L'EUROPE 



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UPTURE DE L'UNION — RECONNAISSANCE DU SDD 
ABOLITION DE L'ESCLAVAGE 



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EMILE NOUETTE-DELORME 




PARIS 

E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR 



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Tous droits réservés. 



1 












Paris. — Imprimé par E. Thcnot et C e , rue Racine, 26. 




EXPOSE 



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Témoin depuis deux années de la circonspection, de la 
timidité même avec laquelle les Puissances européennes en 
général et l'Angleterre en particulier apprécient les événe- 
ments dont l'Amérique du Nord est le théâtre, nous hésitions 
jusqu'à ce jour à faire part au public des réflexions que nous 
a suggérées le spectacle de cette lutte implacable. 

Mais en présence de la réponse négative faite par le mi- 
nistère anglais à la proposition généreuse du gouvernement 
français, nous avons pensé qu'il était temps enfin d'envisa- 
ger la question américaine avec une franchise à laquelle 
nous n'avons pas été habitués, tant sur le continent que de 
l'autre côté du détroit. 

Malgré les causes de dissolution qu'elle porte depuis long- 
temps dans son sein, l'Union américaine est donc bien puis- 
sante, bien redoutable encore pour que l'on use avec elle de 
pareils ménagements; pour que les journaux anglais, mal- 
gré leur désir évident d'assister à sa ruine, désir qui perce 



— 4 — 

dans chaque ligne de leurs articles, soient si timides, si ré- 
servés dans leurs conclusions ! 

Et cependant on sait à quoi s'en tenir sur les sentiments 
de l'Angleterre «à l'égard de la grande République. On sait 
avec quel œil de défiance et d'envie elle assiste depuis trente 
ans au développement de sa grandeur. 

Nous, que l'on n'avait pas habitués à tant de prudence et 
de désintéressement; nous à qui les États-Unis doivent en 
grande partie leur existence politique ; nous qui savons par 
expérience combien la reconnaissance des peuples est peu 
de chose, envisageons, sans crainte comme sans colère, la 
position que cette guerre a faite à l'Europe, quels sont ses 
véritables intérêts et ceux de toutes les nations maritimes , 
enfin quels sont les droits de la morale et de l'humanité. 

Nous le savons, la nation anglaise, si fière de ses droits, 
si clairvoyante sur ses intérêts, n'a pas toujours été complice 
de la politique incertaine et timide de ses gouvernants. 
L'année dernière, lors de l'affaire du Trent, c'est elle qui , 
traînant le ministère à sa remorque, le força, en manifestant 
son opinion par un cri d'indignation universelle, à faire des 
préparatifs immenses, à exiger fièrement la réparation de 
l'outrage fait à son pavillon. 

C'est elle qui, lors de la réunion du Parlement, dictera sa 
volonté, jugera en dernier ressort de ce que l'on doit faire 
et fera agir le ministère, à moins qu'elle n'aime mieux con- 
fier à d'autres le soin de gouverner et représenter le pays. 

Nous avons dit plus haut qu'en général la franchise avait 
fait défaut dans les organes de l'opinion publique ; nous al- 
lons expliquer ici notre pensée. 

L — Au milieu de beaux discours pleins d'une chaleureuse 
philanthropie, mais qui n'ont nullement contribué, soit à 
améliorer dans les grandes villes du Nord le sort des noirs, 
soit à leur rendre la considération à laquelle a droit toute 



famille de la race humaine, sans acception de couleur; au 
milieu, dis-je, de toutes ces théories déclamatoires, quel pa- 
raît être le véritable but des amis de l'Union? Maintenir à 
tout prix cette intégrité qui leur permettait d'aspirer au pre- 
mier rang dans le monde ; de détrôner l'Angleterre en lui 
enlevant l'empire de l'Océan, en la forçant plus tard à bais- 
ser son pavillon devant le balai de leurs écumeurs. 

Les habitants de Boston, de Philadelphie, de New-York 
surtout ne s'en cachent guère. Dans leur orgueil yankee, ils 
entrevoyaient naguère, avec complaisance, le moment peu 
éloigné où l'Union compterait 5o millions d'habitants et 
même davantage, et pourrait enfin renvoyer chez elles toutes 
les couleurs européennes. 

Le dépit de voir leurs rêves détruits est la cause de 
l'acharnement qu'ils apportent à cette guerre. 

Quant à l'abolition de l'esclavage, ce but, dont certains 
journaux nous entretiennent sans cesse, voilant ainsi la vérité 
pour flatter l'opinion publique en Europe; qui s'en soucie 
dans le Nord ! M. Lincoln ne vient-il pas d'être vertement 
blâmé pour avoir osé parler (comme mesure coercitive) de 
confisquer et libérer les esclaves des États révoltés? Et nous 
savons tous comment il a dû se disculper du crime de sym- 
pathie pour la race noire. 

II. — Quant au Sud : sans doute il veut conquérir son in- 
dépendance, son autonomie, se séparer d'une race complè- 
tement étrangère à la sienne sous tous les rapports, de mœurs 
et d'habitudes différentes.^ 

(11 y a des Ànglo- Saxons dans tous les États, je le sais, 
mais ils sont en minorité dans les villes du Sud, et, sous 
deux climats aussi opposés que ceux de Boston et de la Nou- 
velle-Orléans (i), les mœurs sont trop dissemblables pour 



(1) Le climat de l'Allemagne du nord comparé à celui de la côte d'Afrique. 



— . 6 — 

qu'il puisse y avoir communauté d'intérêts et d'affection. — 
L'Union devait se dissoudre tôt ou tard.) 

Il veut tout cela ; mais veut-il abolir l'esclavage, une in- 
stitution abhorrée que la morale et la religion repoussent? 
Jusqu'ici ses défenseurs se sont abstenus de toute promesse 
à ce sujet. 

Nous ne voulons pas nous étendre davantage en ce mo- 
ment sur toutes ces considérations qui forment une partie 
de notre travail. 

Voici entre quels adversaires l'Europe va avoir à choisir. 

D'un côté, un peuple qui se croit appelé à jouer un rôle 
immense dans la domination de l'univers ; un peuple dont 
l'on peut encore en ce moment écraser dans ïœuf les gran- 
deurs futures si menaçantes pour tous ; 

Un peuple qui ne nous saura nul gré de notre abstention 
et reprendra bientôt, avec ses rêves évanouis, ses habitudes 
de morgue et de fierté à l'égard des autres puissances, s-il 
parvient à reconstituer l'Union. 

De l'autre, un peuple qui veut s'émanciper, conquérir son 
indépendance, et qui payera notre intervention opportune au 
profit de la morale et de la justice. 

Que devons-nous faire? Quel mobile doit nous guider? 

L'intérêt de la France! qui est aussi celui de la grande 
famille européenne et de toutes les nations civilisées. 

Mais nous devons en même temps prendre en main la 
cause de l'humanité ; nous devons nous efforcer d'obtenir 
toutes les concessions compatibles avec les besoins moraux 
de l'époque et l'avantage de tous. 

Ces matières vont être l'objet de notre étude et de nos 
réflexions. 



— T 



PREMIÈRE PARTIE 



DU PASSÉ POLITIQUE DES ÉTATS-UNIS ET DE LEUR AVENIR 
AVEC L'UNION. 



Nous venons d'énoncer clairement ci-dessus quel résultat 
nous souhaitions à la guerre actuelle, en émettant le vœu 
que l'Europe vînt aider, s'il le fallait, à cette solution désirée, 
c'est-à-dire à la rupture de l'Union. 

L'histoire des États-Unis depuis leur existence, celle de 
leurs tendances politiques en contient surabondamment les 
raisons. 

Sans entreprendre ici cette histoire, soit avant, soit depuis 
la déclaration de l'Indépendance, nous allons donner la liste 
des i5 États qui composaient primitivement F Union en 1788. 
Nous donnerons ensuite, par ordre de date, la liste de ceux 
qui ont été annexés. 

Ces États sont : New-Hampshire, Massachusetts, Rhode- 
Island. Gonnecticut, New-York, New-Jersey, Pennsylvanie, 
Delaware, Maryland, Virginie, la Caroline du Nord, celle du 
Sud et la Géorgie. 

Puis, autour de ces contrées situées sur les côtes de l'océan 



Atlantique, de Portland à la presqu'île de Floride, et dans le 
golfe du Mexique jusqu'à FAlabama; autour de ces contrées, 
dis-je, s'étendaient d'immenses solitudes habitées par les 
peuplades indiennes. 

A mesure que les émigrants affluaient d'Europe, ils s'avan- 
çaient dans l'ouest refoulant les Indiens devant eux, et ces 
derniers furent enfin confinés du Missouri à la Rivière-Rouge 
et aux montagnes Rocheuses. (Nous avons tous lu les inté- 
ressants ouvrages de Fenimore Cooper, qui contiennent de 
grands détails sur ce sujet, et qui sont plus véridiques qu'on 
ne le croit généralement.) 

La vie nomade des premiers colons, chasseurs ou pêcheurs 
toujours en marche dans d'immenses savanes, développa leur 
goût inné pour les aventures, et bientôt ils parcoururent toutes 
les régions centrales de F Amérique du Nord. 

Pionniers de la civilisation, comme l'a fort bien dit l'écri- 
vain américain, ils précédaient les colons, leur indiquaient 
les vallées fertiles, les contrées habitables. 

Remarquons en passant, que lorsqu'on avance vers le 
centre on retrouve principalement, comme propriétaires et 
cultivateurs des terres, des émigrés allemands, irlandais, 
alsaciens et autres dont les mœurs, plus calmes, plus cham- 
pêtres que celles des premiers occupants, se pliaient mieux à 
la vie paisible et stationnaire qu'exige la culture. 

Mais revenons vers les côtes, où nous pourrons reprendre 
notre nomenclature historique et enregistrer les agrandisse- 
ments de l'Union. 

En 1791, on détache le Vermont de New- York pour en 
former un quatorzième État, puis le Rentucky de la Virginie 
en j 792 ; en 1 796, le Tennessee est détaché de la Caroline du 
Nord. 

En 1802 l'Ohio, maintenant un des États les plus peuplés 
de l'Union, est formé d'un territoire. 



En 180 5, la Louisiane est achetée à la France. 

La Nouvelle-Orléans, son ancienne capitale (1) et la ville la 
plus importante de l'État, se trouve actuellement sous la fé- 
rule d'un des généraux de l'Union, venu avec une expédition 
du Nord, le terrible avocat Butler qui, vu à distance, nous 
ferait assez l'effet d'un capitan de l'ancienne comédie, s'il 
n'avait pas ensanglanté la scène. 

Puis, de 1816 à 1821, on créa les États de l'Indiana, du 
Mississipi, de l'Illinois, de Y Alabama, du Maine et de Missouri 5 
tant avec des parties détachées d'anciens États, qu'avec de 
nouveaux territoires conquis sur les Indiens. 

En 1 836, furent admis à l'Union, le Micbigan qui se com- 
pose des contrées qui avoisinent les grands lacs intérieurs, et 
l'Arkansas, sentinelle avancée sur les bords du Mississipi. 

En i845, fut admise la presqu'île Floride, cédée depuis 
1820 par l'Espagne, et qui avait enfin acquis le nombre d'ha- 
bitants suffisant pour devenir État; on reçut aussi l'Iowa 
situé entre le Missouri et le Mississipi. 

Puis ensuite, la république du Texas, qui s'était violem- 
ment séparée du Mexique et s'annexa aux États-Unis. 

Jusque-là les conquêtes des États-Unis s'étaient opérées 
seulement sur les Indiens anciens propriétaires du sol, et 
d'acquisitions faites à la France et à l'Espagne. 

Mais à cette époque commencent les annexions par la vio- 
lence sur le seul voisin qui gênât leur expansion au sud et à 
l'ouest; à l'ouest, vers l'Océan Pacifique, au sud, vers 
l'isthme de Panama. L'annexion du Texas (1 845), de la Cali- 
fornie (1848), et du nouveau Mexique (Territoire) furent la 
conséquence de la guerre de 1842 entre les États-Unis et la 
république Mexicaine. Les troupes américaines occupèrent 
Mexico qu'elles eussent gardé volontiers, mais il n'était pas 



1) La nouvelle est Bâton-Rouge, sur le Mississipi 



— 10 — 

temps encore, et elles se contentèrent d'un traité de paix 
contenant la cession des contrées ci-dessus. 

Chacun sait comment la découverte des mines d'or en 1 848 
et 18^9, en attirant une foule d'émigrants européens, vint 
peupler rapidement la Californie et en fit un des États floris- 
sants de l'Union , qui paraît destiné à former, dans un avenir 
plus ou moins éloigné, le noyau d'une république ou confé- 
dération de l'Ouest. 

Voici, en ajoutant le Wisconsin (État à l'ouest des lacs 
admis en 1846), l'Orégon (1848) qui est au nord de la Ca- 
lifornie, entre l'Océan Pacifique et les montagnes Rocheuses, 
le Minnesota, situé au Nord de l'Iowa (1849), puis enn " n ^ e 
Kansas (i854) qui se trouve à l'ouest de l'État de Missouri; 
voici, disons-nous, la liste complète des 34 États composant 
dernièrement l'Union. 

Joignons-y six territoires nommés Washington , Utah , 
Nebraska, Nouveau -Mexique, Arrisona, Indien, qui attendent 
le nombre d'habitants nécessaire pour leur admission , et 
nous aurons la nomenclature des membres de la grande fa- 
mille avant la rupture. 

Il suffit de jeter un coup d'œii sur la carte pour se rendre 
compte de la position prise parles États-Unis; ils ont franchi 
d'abord le Mississipi qui fut si longtemps leur barrière, puis 
les vastes déserts qui entourent les montagnes Rocheuses, 
pour s'étendre enfin jusqu'au Pacifique. 

Voyons maintenant quel était le but de leur ambition. 

Laissant de côté, quitte à y revenir plus tard, la Columbia 
et la Nouvelle-Bretagne qui les bornent au nord d'un océan 
à l'autre; leur ambition avant la guerre actuelle était évidem- 
ment de chasser du Mexique la race espagnole, de s'emparer 
des diverses petites républiques qui se sont formées dans 
l'Amérique centrale jusqu'à l'isthme de Panama, ou bien 



jusqu'au lac de Nicaragua; ce qui leur eût permis, non plus 
d'exploiter un tronçon de chemin de fer, comme à Panama, 
mais bien de joindre les deux mers ensemble et de commu- 
niquer d'un océan à l'autre. 

Mais la race humaine est insatiable ; il faut toujours un 
nouveau but à ses désirs , et I'oq verrait renaître alors les 
anciens projets sur Cuba, Haïti et toutes les Antilles. 

Avec un développement de côtes aussi étendu , leur ma- 
rine prendrait une extension formidable, dangereuse pour 
l'Angleterre, tyrannique pour les autres nations, et comme 
nous le disions tout à l'heure , Albion serait sérieusement 
menacée pour ses possessions du Nord, les autres nations 
européennes pour leurs colonies et leurs comptoirs. 

C'est ce but que l'Angleterre feint d'ignorer et qu'elle n'ose 
pas entraver pendant qu'il en est temps encore. 

Nous ne dirons que quelques mots de leur organisation 
et de leur police intérieure ; car nous ne faisons pas la des- 
cription des États-Unis, et nous ne nous occupons de ces 
matières qu'au point de vue politique. 

Sans doute, c'eût été un magnifique spectacle pour le 
monde entier que celui d'une immense république s* étendant 
sur un continent deux fois grand comme l'Europe; croissant 
chaque année en grandeur, en prospérité, accueillant toutes 
les infortunes , offrant un asile et du pain à tous les parias 
de notre vieille civilisation. 

C'eût été un sublime exemple de voir trente millions 
d'hommes, puis cinquante, puis davantage encore , se gou- 
vernant eux-mêmes sous un régime d'ordre et d'égalité, 
faisant vivre l'ancien continent avec les produits de leur 
travail et de leur industrie ; de voir une aussi grande multi- 
tude d'êtres humains de dix origines différentes exister dans 
la paix et le travail, comme les abeilles d'une ruche im- 



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mense; — Anglais, Irlandais, Allemands, Espagnols, Français 
et autres, — devenus tous Américains, coopérant, soit de 
leurs bras, soit de leur tête, à la prospérité générale. 

Mais il n'est donné à aucune agglomération d'hommes 
d'offrir de pareils exemples, la perfection n'est pas de ce 
monde, et ce n'est pas en Amérique plus qu'en Europe qu'il 
faut aller la chercher. 

Nous ne parlerons pas ici des grandes villes maritimes qui, 
en relations journalières avec l'ancien continent, ont pris plus 
ou moins, en apparence, nos mœurs et nos coutumes. Mais 
pénétrons plus avant dans l'intérieur, et nous serons té- 
moins de scènes sauvages qui nous prouveront que la civi- 
lisation morale est encore au berceau dans le Nouveau- 
Monde. La peine du talion et le self-government remplacent 
trop souvent nos institutions judiciaires dont on peut mé- 
dire quelquefois, mais en reconnaissant bientôt à quel 
point elles sont nécessaires à la tranquillité générale, à 
la sûreté de tous. Nous pourrions en citer maints exemples 
frappants, les journaux en fourmillent chaque jour; mais ce 
serait sortir de notre cadre, ce serait franchir les limites que 
nous nous sommes imposées. Chacun en sait autant que nous 
à ce sujet. Tous ces vices sont inhérents à la nature auda- 
cieuse d'un peuple encore dans l'enfance, chez lequel chacun 
se protège et se gouverne soi-même. Il est fâcheux que ces 
mœurs, ces habitudes se dévoilent trop souvent à l'égard des 
étrangers, dans nos villes maritimes, par exemple, sur les 
quais de nos bassins; dans les endroits par conséquent où ils 
se trouvent le plus en relation avec les Européens. Que se- 
rait-ce donc si les États-Unis se reconstituant, ils atteignaient 
à l'omnipotence des mers? 

Pour eux commencerait ce régime de paix armée des 
grandes puissances, qui les rend toujours préparées à la 
lutte, mais favorise l'agression et l'empire de la force. 

Pour nous tous, peuples commerçants et maritimes de 



— 13 — 

l'Europe, la liberté des mers deviendrait un vain mot, la na- 
vigation un péril en face d'une nation habituée à tenir si peu 
de compte de la légalité et du droit des gens. 

Touchant leurs relations avec l'Europe, rappellerons-nous 
ici les démêlés qui se sont élevés, depuis la déclaration de 
l'indépendance, entre les États-Unis et les différents États de 
l'Europe? 

L'Angleterre, l'Autriche, l'Espagne, la France elle-même, 
se souviennent avec amertume des procédés américains à 
leur égard. 

Après la guerre de 1812, qui ne se termina pas à l'avantage 
de l'Angleterre, celle-ci fut dix fois obligée de dévorer ses 
affronts pour éviter de nouvaux combats, c'est-à-dire la famine 
et le chômage de ses métiers. Mais comme la patience, lors- 
qu'elle dégénère en faiblesse, amène souvent des résultats 
opposés à ceux que l'on désire, elle n'a fait qu'accroître leurs 
exigences, et cependant les métiers du Lancashire sont 
maintenant (faute de matières premières) dans une inaction 
dont il est difficile d'entrevoir le terme. 

L'Autriche se souvient sans doute encore de leur conduite 
dans le Levant, il y a quelques années. 

L'Espagne eut aussi bien souvent maille à partir avec les 
États-Unis. Sans parler de l'antipathie naturelle entre les 
deux races, sa magnifique possession de Cuba, dernier joyau 
d'un écrin maintenant dispersé, sur laquelle les Américains 
ont les yeux constamment fixés, fut et sera toujours une 
cause de discorde et d'antagonisme avec eux. 

On me répondra peut-être que Cuba était surtout convoitée 
par le Sud, afin d'augmenter le nombre des États à esclaves. 

Mais le Nord eût accepté la conquête, si l'expédition avait 
réussi. Quant au Sud, la séparation aura tellement diminué 
son importance qu'il cessera d'être redoutable pour ses voi- 



— 14 — 

sins ; il aura assez à faire de se défendre et de veiller à sa 
sécurité intérieure. 

Nous ne nous étendrons pas sur les différends qui ont existé 
en maintes circonstances entre les États-Unis et la France, 
notamment sous le premier empire. Les deux pays sont liés 
par des relations commerciales fort étendues, et les places de 
France, Lyon surtout, doivent encore se souvenir du peu de 
bonne foi et de fidélité apportées par les gens du Nord, à 
l'exécution de leurs engagements lors de la crise de 1857. 

Si tels ont été jusqu'ici les procédés des États-Unis à l'é- 
gard de l'Europe, que devons-nous attendre de l'avenir, s'ils 
parviennent à reconquérir le Sud? Je n'ai pas besoin de ré- 
péter combien leur audace s'en trouvera augmentée. C'est 
alors que, les yeux fixés vers un avenir de grandeur et de 
puissance, ils perdront tous ménagements pour les autres 
nations. Cette lutte que l'Angleterre, s' abri tant derrière des 
principes qu'elle a violés tant de fois, craint d'engager en ce 
moment, il faudra bien l'entreprendre enfin avec moins d'a- 
vantage, moins de chances d'en sortir heureusement et d'as- 
surer à jamais la paix et la tranquillité des mers. 

De ce travail, qui n'est pas un réquisitoire contre une 
grande et vigoureuse nation, mais l'exposé des causes qui 
doivent militer en faveur de l'intervention immédiate des 
Européens ; de ce travail, dis-je, la conclusion est facile à 
tirer. 

La séparation définitive est un bien pour l'Europe, une 
nécessité pour la paix du monde, et nous devons l'obtenir 
par tous les moyens possibles. 

En 1778, nous étions dans le vrai en cherchant à amoindrir 
la puissance de noire rivale, à détruire sa prépondérance sur 
mer. Les États-Unis sont en voie de supplanter l'Angleterre : 
c'est d'eux qu'il faut s'occuper maintenant. L'occasion est 
belle, la laisserons-nous échapper ? 



— 15 — 

Quant à l'Angleterre : le ministère tel qu'il se trouve ac- 
tuellement constitué, marche-t-il en ce moment d'accord 
avec l'opinion? Il nous est permis d'en douter en attendant 
la réunion du parlement et l'issue des débats qui vont s'en- 
gager. 

Espérons encore que la proposition du gouvernement fran- 
çais trouvera un écho chez les hommes d'État prévoyants, et 
que nous n'assisterons pas à la restauration violente de l'U- 
nion dans les États du Sud aux abois. 

Voilà notre delenda Carthago. —Plus indulgent que Caton, 
nous ne réclamons pas la ruine des États-Unis, mais nous vou- 
drions les voir dans l'impossibilité de nuire. Les moyens 
d'arriver à ce résultat feront l'objet de notre seconde partie. 



+tB< 



— i7 — 



SECONDE PARTIE. 



MOYENS POUR ARRIVER A LA RUPTURE DE L'UNION. 
— DE L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE. 



La reconnaissance des États-Confédérés doit, ce nous sem- 
ble, être la première mesure à prendre du jour où l'Europe 
pèsera de tout son poids dans la balance et interviendra entre 
les deux nations. 

Cette intervention n'a-t-elle pas eu lieu implicitement le 
jour où Ton a reconnu aux Confédérés les droits des belligé- 
rants -, le jour où l'Angleterre et la France, dans leur neutra- 
lité impartiale, leur ont accordé la même position qu'aux 
États-Unis ? 

La reconnaissance authentique viendrait donner une force 
morale, une situation politique bien définie à cette nationalité 
au berceau, mais qui n'en existe pas moins réellement. 

Après la reconnaissance du royaume d'Italie, et de la révo- 
lution de Grèce, celle des États -Confédérés n'est-elle pas bien 
légitime? Ils sont constitués en État, avec un congrès et un 
gouvernement réguliers. Leurs armées ont remporté plus 
d'une victoire. Peu de gouvernements nouveau:? ont présenté 
les mêmes garanties. 



— 18 _ 

Les États-Unis verraient enfin qu'ils ne doivent plus 
compter sur la complicité muette de l'Europe dans l'exé- 
cution de leurs projets d'agrandissement ; que les grandes 
puissances ne sont plus disposées à souffrir comme en 
i845 ces annexions répétées qui n'auraient pour limites, 
comme je l'ai dit plus haut, que l'isthme de Panama. Cette 
reconnaissance aigrirait contre les nations européennes, 
dira-t-on. Eh, que nous importe! s'ils reconstituent l'Union, 
ne faudra- t-il pas tôt ou tard courir contre eux les chances 
d'une guerre qui sera d'autant plus terrible qu'elle aura été 
plus tardive? Le moment est bon, profitons-en. Sans être les 
premiers agresseurs, prenons les mesures nécessaires pour la 
sécurité du commerce et des colonies européennes. Montrer 
de la vigueur en ce moment, c'est assurer la tranquillité de 
l'avenir et tout porte à croire qu'ils s'en tiendraient à des 
menaces et aux imprécations des journaux. Or, depuis bien 
des années, ceux-ci ne s'en sont pas fait faute à l'égard des 
Européens. 

Touchant la levée du blocus devant les ports confédérés : 
quand le commerce souffre, quand la fabrication manque de 
matières premières, quand cinq cent mille ouvriers et leurs 
familles sont dans la misère faute de travail; c'est montrer 
bien de l'abnégation, de la part des neutres, que de respecter 
une notification de blocus qui n'est certainement pas suivie 
d'un blocus effectif. On bloque quelques ports, mais on ne 
peut bloquer matériellement des côtes de 600 lieues d'éten- 
due. Et ceci, à l'égard du peuple le moins scrupuleux de l'u- 
nivers, qui se plaignait dernièrement au ministère anglais de 
l'armement du corsaire confédéré VAlabarna, après avoir tiré 
d'Angleterre pendant deux ans, ses fusils, ses canons, sa 
poudre, toutes ses munitions en un mot. 

Mais la reconnaissance des États-Confédérés nous a faits 
partie intervenante dans la querelle, et nous ne devons pas 



il 
I f 



— 19 — - 

demander mais bien exiger la levée de ce blocus qui blesse 
tous les intérêts européens. Le Sud reprendra courage, re- 
trouvera par la vente de ses cotons de l'argent et des muni- 
tions en abondance. Alors les négociants de New-York crie- 
ront plus haut encore en faveur de la paix, et il faudra bien 
terminer cette guerre qu'il était si facile d'empêcher ; cette 
guerre faite dans l'intérêt d'une fraction politique, qui pour- 
rait durer toute la présidence de M. Lincoln, sans autre ré- 
sultat que beaucoup de sang répandu et beaucoup de misères 
amassées. 

Le parti démocrate l'emporte en ce moment dans les élec- 
tions des États les plus importants du Nord ; il aura sans 
doute la majorité dans la prochaine assemblée. Faut-il donc 
attendre dix-huit mois ou deux ans pour la fin de la guerre? 
L'assemblée actuelle ne va-t-elle pas être bientôt sous la 
pression de l'opinion? Toutes les hypothèses peuvent se réa- 
liser; mais de quelque manière que soit tranchée la question, 
nous devons être partie intervenante à sa solution, et les me- 
sures ci-dessus, prises en faveur du Sud, nous en donnent 
le droit. Or la plus efficace serait certainement la levée du 
blocus de ses ports. 

Arrivons maintenant à la grande question de l'esclavage 
dont l'abolition est le but réel de cet ouvrage, quoique nous 
y tendions par d'autres moyens que les journaux partisans 
du Nord. 

Si nous restions tout à fait étrangers à la guerre améri- 
caine, il pourrait survenir tel arrangement monstrueux qui 
serait une honte pour l'Europe aussi bien que pour l'Amé- 
rique. 

Supposons un instant que, par impossible (nous y croyons 
peu pour notre part), les passions se calmant des deux côtés , 
après des concessions mutuelles, il survînt un accommo- 
dement entre les deux parties, croit-on que les gens du Nord. 



— 20 — 

hésiteraient beaucoup à sacrifier la race noire? Trop heureux 
de voir l'union rétablie, ils feraient bon marché de toute phi- 
lanthropie, et seraient peut-être les premiers à offrir de pa- 
reilles combinaisons aux États-Confédérés. 

Dans ce moment, au contraire, nous pouvons obtenir 
beaucoup du Sud, parce qu'il a besoin de nous. Sans doute, 
on ne peut pas lui demander de congédier immédiatement 
tous ses esclaves. Jusqu'ici l'esclave est une propriété, et ce 
serait vouloir la ruine d'un certain nombre de propriétaires, 
dans l'intérêt de la masse, qui se trouverait hors d'état de 
donner une indemnité suffisante. Mais on peut changer pro- 
gressivement la nature du contrat qui lie le maître à l'esclave, 
ou plutôt en établir un ; car la force qui soumettait le noir 
jusqu'ici n'établissait pas un contrat. 

Quelques voyages accomplis dans notre jeunesse nous ont 
mis en rapport avec les noirs, tant dans les colonies françaises 
et autres (avant la révolution de 1848) qu'à Saint-Domingue, 
chez les noirs affranchis et constitués en État, ce qui nous 
permettra de poser quelques principes généraux qui serviront 
de base à une solution. 

Le noir n'a pas autant de répugnance qu'on veut bien le 
dire pour un travail modéré. A l'état de liberté il travaille 
seulement le temps nécessaire pour se procurer les choses 
indispensables aux besoins de la vie. Mais à mesure que son 
état moral s'améliore ses besoins augmentent; il acquiert de 
l'amour-propre, le grand mobile de l'activité des Européens; 
il croit en lui, et si, plus heureux que ceux d'Haïti, il se 
trouve dans un État organisé régulièrement, il devient bientôt 
un rouage utile à la société, où il occupe sa place comme un 
autre, sur un rang moins élevé peut-être, mais tout aussi né- 
cessaire. 

A la Jamaïque, à la Barbade et autres colonies anglaises 
émancipées, à la Martinique, à la Guadeloupe, la population 
noire peut diminuer pour des causes particulières ; mais nous 



— ai- 
ne savons pas que le travail ait tout à fait cessé, que ces co- 
lonies si fertiles n'envoient plus en Europe ni sucre ni café. 
Les états de la douane et de la navigation viennent tous les 
jours nous prouver le contraire. 

En parlant du rang que peut occuper le noir, nous n'en- 
tendons pas lui assigner un rang politique. Il n'y sera pas 
apte de longtemps, et l'avenir démontrera ce que Ton peut 
faire à ce sujet. Ce sera beaucoup pour lui d'avoir conquis sa 
liberté, son existence sociale. 

Il faut auparavant l'amener petit à petit, en favorisant son 
éducation première, à prendre cette place qui lui est due 
dans la société. 

Le noir est tout aussi attaché à sa famille que l'Européen ; 
il aime sa demeure, si pauvre qu'elle soit, et déteste la vie 
nomade. 

Partout où le régime du maître a été doux, paternel, il s'est 
attaché à l'exploitation, au domaine qui sont tout l'univers 
pour lui. Bien des maîtres l'ont eue cette douceur, cette in- 
dulgence pour leurs esclaves, et ne s'en sont pas mal trouvés. 

Ils sont susceptibles d'éducation, d'instruction même, et 
nous en avons vu personnellement des exemples frappants. 
Seulement, ce n'est pas au maître, au planteur, souvent peu 
éclairé sur ses propres intérêts, qu'il faut confier l'éducation 
de l'enfant. C'est par mesures gouvernementales que de pa- 
reilles matières doivent être régies. 

Si l'on parvenait à faire comprendre aux propriétaires du 
sol et des noirs que leurs terres seraient mieux cultivées par 
des ouvriers salariés, attachés à la plantation avec d'autres 
liens que ceux delà force: qu'elles acquerraient plus de va- 
leur en produisant plus ; que le bien-être public s'accroîtrait 
en mesure de la fortune des particuliers , peut-être les trouve- 
rait-on moins récalcitrants. 

Nous voudrions voir établir une bonne fois le bilan du 
travail forcé et celui du travail libre. Nous sommes persuadé 



~~ 22 — 

que les résultats seraient, au point de vue mercantile, tout 
à l'avantage de ce dernier. Malgré le salaire qu'il entraîne, 
nous le croyons plus fructueux. En effet, si d'un côté nous 
avons une dépense plus forte, nous avons en même temps 
un travail plus considérable ; car on peut admettre sans exa- 
gération qu'un travailleur libre fera, dans le même espace de 
temps, un tiers de plus d'ouvrage et de meilleure qualité, 
donnant un rendement plus fort par conséquent. L'esclave 
travaille moins vite et fait moins bien. îl faut le nourrir et 
l'entretenir, lui fournir gratuitement une demeure et un ter- 
rain qui aide à sa subsistance. Il faut soutenir les vieillards 
et les femmes incapables de rendre des services, ou qui élè- 
vent les enfants. Ces enfants eux-mêmes sont à la charge de 
l'exploitation jusqu'à douze ans au moins. Enfin, il faut bien 
que le maître emploie en partie le produit du travail de l'es- 
clave pour les besoins auxquels le travailleur libre emploie- 
rait son salaire. 11 le fait plus économiquement sans doute, 
mais les revenus étant moins grands, cela revient au même. 

Puis la propriété avec l'esclavage ne s'améliore guère, elle 
est frappée d'immobilité. Dans les pays libres, au contraire, 
sa valeur s'accroît tous les jours. 

Les seuls qui auraient à se plaindre seraient les produc- 
teurs d'esclaves qui les accouplent pour vendre leurs enfants. 
— On a dit le métier très- fructueux, — Ces producteurs sont 
assez nombreux dans les États intermédiaires entre le Nord 
et le Sud, qui sont à peu près entièrement occupés par le 
Nord depuis le début de la guerre actuelle. C'est un métier 
si triste, que nous n'avons pas à chercher les moyens de leur 
trouver une indemnité. Lorsque deux nations en guerre font 
la paix, on n'indemnise pas les corsaires, les pirates pour le 
tort qu'elle cause à leur industrie. 

On nous objectera sans doute l'antipathie, pour ne pas dire 
la haine qui sépare les deux races. Raison de plus pour 
prévoir les insurrections serviles, Les malheurs de Saint- 



_ 23 — 

Domingue doivent servir de leçon aux aristocraties du sang 
et de la couleur ; ce serait un bien grand aveuglement que 
de ne pas savoir puiser dans l'histoire les leçons qu'elle nous 
offre, et risquer de tout perdre en voulant tout conserver. 

Les blancs ne sont pas, dans les Etats-Confédérés , nous 
dit-on. en aussi infime minorité que ceux de Saint-Domin- 
gue. En cas de révolte des esclaves, ils pourront et sauront 
se défendre. 

Sans doute, mais dans un moment de crise politique 
comme celle où sont plongés les États-Confédérés , il est 
toujours mauvais de laisser des ennemis derrière soi, surtout 
quand on pourrait en faire de bons et solides alliés. 

Qu'il se trouve dans le Sud un homme d'État ayant assez 
de génie pour le comprendre, et les États-Confédérés sont 
sauvés. Ils auront plus donné à la race noire que leurs enne- 
mis ne pourraient lui offrir, et ils éviteront le sort des 
républiques espagnoles, c'est-à-dire l'anarchie et la déca- 
dence. Au lieu d'avoir 6 millions de maîtres et 4 millions 
d'esclaves, ils auront io millions de défenseurs. 

Voici, pour notre part, les mesures qui nous paraissent 
propres à arriver à ce grand résultat. 

La première est tout naturellement l'abolition des châti- 
ments corporels. Le fouet abrutit l'homme: il lui enlève 
l'estime de soi même, et, soit dit en passant , nous sommes 
pris d'un sentiment de tristesse et de dégoût en songeant 
qu'il règne encore dans plusieurs pays en Europe, clans 
l'armée de la libérale Angleterre, par exemple. Comme nous 
l'avons dit plus haut , c'est un bien pauvre travail que celui 
obtenu par de pareils moyens , et nous ne croyons pas que la 
marine française, entre autres , ait beaucoup à regretter de 
Tavoir vu abolir en 1848. Qu'un tribunal soit institué par 
circonscription déterminée pour écouter les plaintes du 
maître, pour juger des différends entre lui et son esclave, 
pour ordonner la punition s'il y a lieu. 



24 * 

Ayez un état civil pour les noirs comme pour les blancs. 
Il manque aux uns et aux autres en Amérique. Que le maître, 
auquel l'État, devenu par décret propriétaire de tous les 
esclaves jusqu'à l'abolition définitive, confiera ses noirs, ne 
puisse plus en disposer comme de sa chose ; qu'il soit 
appelé à rendre compte de la disparition du moindre d'entre 
eux. 

Selon notre calcul, vingt ans d'un travail assidu feraient 
plus qu'indemniser le propriétaire de la perte de sa propriété 
humaine, et le mettraient à même de payer les salaires avec 
l'augmentation des revenus et la plus-value acquise à la 
propriété foncière. En vingt ans donc l'esclavage se trouverait 
entièrement aboli, et le planteur aurait des ouvriers salariés 
accoutumés au travail au lieu d'esclaves qui n'agissent que 
sous l'œil du commandeur. 

On pourra nous objecter que les noirs, dans leur impatience 
d'être libres , n'attendront pas une aussi longue période et 
voudront être libres de suite. Nous répondrons que les noirs, 
nés dans l'esclavage, ignorent complètement ce que nous 
appelons les douceurs de la liberté. Dans l'état actuel , l'abo- 
lition des châtiments corporels leur semblera déjà une amé- 
lioration bien grande. Pais, lorsqu'ils verront le sort de leurs 
enfants assuré, les femmes et les vieillards infirmes à l'abri 
du besoin, comme nous le demandons plus bas, ils seront 
déjà plus résignés à leur sort que les parias de nos grandes 
villes. N'attribuons pas aux esclaves noirs des aspirations 
qui, chez les Européens, sont le fruit d'une éducation so- 
ciale à laquelle les noirs n'ont pas encore été admis. Le bien- 
être matériel est, quant à présent, le seul but de leurs désirs, 
le seul qu'ils puissent comprendre. 

Que tout enfant naissant de parents esclaves, à partir de 
cinq ans après la promulgation des lois régissant la matière, 
soit libre de droit (il aura quinze ans lors de l'extinction com- 
plète), demeurant avec ses parents, sous leur autorité, mnis 



— 25 — 

ne devant rien à leur maître. Ce ne serait pas un privilège 
spécial, puisqu'à quinze ans, âge auquel un jeune noir est 
bon à quelque chose , il serait libre par la loi générale tout 
comme le noir de dix-huit, vingt et vingt-cinq ans. 

D'ici à l'expiration de cette époque de transition , que tout 
vieillard de cinquante-cinq à soixante ans, que tout homme ou 
femme incapable de travail par maladie ouinfirmité quelcon- 
que, qui a donné son temps sans salaire pendant de longues 
années peut-être , ait droit au repos qui lui serait garanti par 
la loi, en conservant sa demeure , et touche une indemnité de 
subsistance payée , soit par son ancien maître , soit par une 
caisse de secours formée d'une cotisation légère prélevée sur 
chaque propriétaire et administrée par l'État. 

Que dès maintenant des écoles soient ouvertes pour l'éduca- 
tion des enfants, où, de huit à douze ans, leur présence serait 
obligatoire sous la responsabilité des parents, et bientôt la 
nuit qui obscurcit l'intelligence de cette malheureuse race 
fera place à un jour suffisant pour leur position. 

Nous ne parlerons pas ici d'une foule de prescriptions de 
détail dont les hommes pratiques qui se trouvent dans le Sud 
sauront mieux que nous fixer l'exécution. C'est aux proprié- 
taires à voir s'ils veulent conquérir leur indépendance avec 
l'aide de l'Europe, en ayant égard à ses demandes, ou bien 
s'ils veulent retourner sous le joug du Nord, qui aura repris 
à jamais la prépondérance politique dans le gouvernement 
de l'Union et les traitera en vaincus. 

De cette lutte désespérée, les confédérés ne sortiront pas 
sans sacrifices. Ne vaut-il pas mieux les faire à l'avenir poli- 
tique, à l'indépendance de leur pays, qu'à une paix replâtrée 
dont ils payeraient les frais tôt ou tard? 

Voilà les considérations que le ^ puissances européennes 
peuvent faire valoir afin d'obtenir satisfaction à la morale, à 
l'humanité. Mais, pour en avoir le droit, il faut d'abord aider 



— . 26 — 

le Sud, le secourir par tous les moyens possibles, et le Nord 
devra céder tôt ou tard ; les intérêts de son commerce et de 
ses relations l'exigent ; déjà bien des voix se prononcent en 
faveur d une solution. 

Il est une objection que l'on m'a faite contre la possibilité 
de l'abolition de l'esclavage par les habitants des États du Sud 
eux-mêmes. Certains propriétaires, qui interprètent la religion 
à leur manière, seraient tellement aveuglés par les doctrines 
perfides que l'on prêche ouvertement dans les temples, qu'ils 
en sont arrivés à considérer l'institution au point de vue bi- 
blique, se regardant comme des patriarches vivant dans la 
voie du Seigneur, entourés de leur famille et de leurs servi- 
teurs, pendant que le fouet du contre-maître lacère le corps 
meurtri de l'esclave indocile et le condamne sans appel aux 
châtiments les plus terribles. 

Nous ferons la part du fanatisme aveuglé par l'intérêt; 
c'est, je crois, le pire de tous ; mais la nécessité est une dure 
maîtresse ; elle fait vite notre éducation, et je crois que la 
haine contre le Nord est poussée assez loin maintenant pour 
que les planteurs préfèrent s'attacher leurs esclaves plutôt 
que de se réconcilier avec les États-Unis. Dans tous les cas, 
ces exemples sont l'exception, si toutefois ils existent réelle- 
ment ; et puisqu'un décret du gouvernement provisoire a pu 
abolir l'esclavage dans les colonies françaises, puisqu'un vote 
de la chambre des communes a pu l'abolir dans les colonies 
anglaises, une loi obtenue du congrès des États-Confédérés, 
dont l'application serait vaillamment poursuivie par le pou- 
voir exécutif, aurait sans doute le même succès et viendrait 
à bout des résistances particulières. C'est à ce prix seul que 
les États-Confédérés pourront vivre et exister politiquement. 

Les mesures prises par l'Europe en faveur du Sud, et l'abo- 
lition de l'esclavage acceptée en principe par les États-Con- 
fédérés, amèneraient sans doute la conclusion d'une paix avan- 
tageuse pour les deux parties. Il resterait à régler entre elles 






— 27 — 

une question bien délicate et bien épineuse, celle de la déli- 
mitation des frontières. Nous donnons ici nos idées sans vou- 
loir les défendre à outrance contre les objections des hommes 
spéciaux, car elles sont nécessairement imparfaites. Posons 
d'abord en principe que cette frontière continentale serait 
purement politique, car les deux peuples auront besoin, ce nous 
semble, d'un union douanière pour vivre en paix et éviter des 
différends perpétuels. Ou, ce qui serait mieux encore, d'éta- 
blir le libre échange, tant entre eux qu'avec l'Europe. 

Le Sud aura contracté une dette considérable, quoique 
moins forte que celle du Nord. 

II lui faudra bien trouver un moyen d'en payer les intérêts. 

Le moyen le plus simple, si la doctrine libre-échangiste 
devenait impossible, soit par le refus d'une des parties, soit 
par celui des nations européennes, serait de laisser subsister 
dans tous ses ports des droits de douane suffisants , mais 
assez modérés pour ne pas avoir à craindre la concurrence 
des ports du Nord ; car ceux-ci joindraient au prix des mar- 
chandises achetées sur les marchés du Sud des frais de 
transport qui ne laisseraient pas que d'être assez considéra- 
bles. Du reste, il serait facile d'établir à la sortie, dans les 
ports du Nord, si cela devenait nécessaire, un droit propor- 
tionnel perçu en commun au profit, soit des deux États, soit 
du Nord seul. Ce droit sauvegarderait le Sud contre les dan- 
gers de la concurrence. 

Quant à la délimitation des frontières, le traité commer- 
cial en aplanirait les principales difficultés. Celles situées à 
l'ouest et au nord du Texas vers l'Indien et l'Arkansas n'of- 
frent pas grand travail à fixer; il suffirait d'adopter les li- 
mites des anciens États. Quelques pouces de terre de plus ou 
de moins dans ces contrées inhabitées ne sauraient former 
l'objet d'un litige sérieux. Puis, nous remontons le Mississipi 
jusqu'au confluent de l'Ohio. Le cours de ce dernier fleuve 
jusqu'à Guyandotté, où il fait un coude du nord au sud et de 



__ 28 — 

l'est à l'ouest, forme une frontière naturelle bien suffisante qui 
est maintenant celle du Kentucky. Ici la difficulté commence. 
Quoique le Marylandsoitun État à esclaves et appartienne au 
Sud par ses mœurs et sa production, il entoure complètement 
le district fédéral. Les États-Unis l'occupent en force, et n'ac- 
cepteront pas facilement un arrangement qui leur enlèverait 
leur capitale. Il faudrait donc que le Sud se résignât à perdre 
une légère partie delà Virginie et que l'on employât le moyen 
de délimitation mis en usage pour les nouveaux États de 
l'Union, celui des frontières en ligne droite suivant un méri- 
dien ou une latitude. 

En tirant une diagonale de Guyandotté jusqu'à Frederics- 
burg, on mettrait entre les deux capitales, Washington et 
Richmond, un intervalle suffisant, et le cours du Potomac res- 
terait libre pour les communications maritimes de la capitale 
fédérale. 

Du reste, Richmond n'est sans doute qu'une capitale pro- 
visoire, et il serait peut-être sage aux États Confédérés de 
choisir après la paix une capitale moins rapprochée de la 
frontière, comme Montgomery, Milledgeville ou Columbia. 
Bien des habitants du Sud regardent la Nouvelle-Orléans 
comme la vraie capitale des États-Confédérés. Le Sud est 
avant tout un État agricole. Sa capitale doit être à l'intérieur. 
La choisir sur les bords de la mer serait la mettre à la merci 
des puissantes nations maritimes, et l'occupation actuelle de 
la Nouvelle-Orléans peut servir d'exemple. Du reste, il est 
peu probable qu'après la conclusion de la paix les États-Unis 
conservent Washington pour capitale, quoique cette dernière 
soit comme la ville sainte de l'Union. 

Le Kentucky et le Tennessee sont actuellemnt occupés par 
les troupes des deux adversaires, et si la confédération du Sud 
perdait tout ou partie de ces deux États, sa part serait belle 
encore et lui permettrait d'entrevoir un avenir de prospérité 
et de richesse. C'est dans le progrès, dans les réformes qui 



— 29 — ■ 

donneront satisfaction à la morale, à l'humanité, qu'il lui 
faut chercher le développement de ses forces et de sa puis- 
sance. 

Nous n'avons pas parié de îa restitution de la Nouvelle- 
Orléans faite par le Nord, ainsi que de celle des autres points 
maritimes qu'il pourrait occuper à la fin de la guerre. C'est 
une condition absolue de tout traité de paix. 

Nous ne voulons pas terminer ce travail sans dire quelques 
mots des États de l'Ouest et de la guerre du Mexique. 

Les États de l'Ouest, dont l'existence politique ne remonte 
pas à plus de quinze ans, sont séparés des États du Nord par 
les montagnes Rocheuses, et surtout (limite plus infranchis- 
sable que les montagnes et les rivières) par des déserts im- 
menses situés de chaque côté de la chaîne des montagnes 
Rocheuses et s'étendant jusqu'au Missouri. La sécheresse, le 
manque de cours d'eau pouvant arroser et féconder une terre 
sablonneuse et aride, empêcheront toujours la colonisation de 
ces solitudes, sauf sur quelques points isolés. Ces États (1) 
que 1,000 lieues environ séparent de New- York en ligne 
directe, forment donc une agglomération séparée. Quoiqu'un 
courrier prenant des voyageurs parte tous les quinze jours 
de New-York pour San-Francisco, traversant les États du 
centre, le Texas et le Nouveau-Mexique, nous croyons que le 
plus court est d'aller par mer à Aspinwall, de traverser 
l'isthme de Panama et de s'embarquer pour San-Francisco. 
Aucun intérêt politique (en dehors des relations commer- 
ciales) ne peut donc lier des populations ainsi éloignées les 
unes des autres. 



(1) Ces États ou Territoires sont : Californie et Orégon (États). Washington, 
Utah et Nouveau-Mexique (Territoires) situés entre les montagnes Rocheuses et 
l'océan Pacifique, auxquels pourraient se joindre l'État de Kansas et les Territoires 
de Nebraska et Indien, entre les montagnes Rocheuses et le Missouri. 



— 30 — 

Et l'Ouest doit contribuer bien à contre-cœur aux charges 
de la guerre actuelle. Leur séparation n'est donc qu'une 
affaire de temps. Dès que les habitants de l'Ouest pourront 
vivre seuls, ils préféreront envoyer des députés à San-Fran- 
cisco ou à Sacramento au lieu de Washington. 

Ainsi se trouveront tout à fait détruits les rêves d'ambi- 
tion des États Unis. Il leur restera bien assez de puissance, 
d'étendue et de richesses pour former la première nation de 
l'Amérique du Nord, et pour conserver leur influence dans 
le monde. 

Quant à l'expédition du Mexique, nous ne sommes pas 
au courant des secrets de la politique des gouvernements -, 
mais (quels que soient les griefs de la France et de l'Angle- 
terre contre la confédération mexicaine, ils ne méritaient 
certes pas une expédition de cette importance), n'y aurait-il 
pas un autre but politique ? Pour empêcher les États-Unis (s'ils 
se reconstituaient), ou les États-Confédérés de s'agrandir dans 
le Sud vers Panama, nous trouverions nécessaire, quant à 
nous, l'établissement au Mexique, au lieu de l'anarchie qui 
règne dans ces belles contrées, d'un nouveau gouvernement 
dont l'existence serait reconnue et garantie par les puissan- 
ces européennes. Le projet doit sourire à la France, comme 
toutes les grandes choses. Il est fâcheux que l'Espagne et 
l'Angleterre aient cru devoir se retirer et nous laisser le far- 
deau entier de l'expédition. 

Espérons que quand nos soldats auront triomphé du cli- 
mat et de Juarez, quand l'heure de compter sera venue, le 
gouvernement saura se faire indemniser de ses dépenses et 
de ses sacrifices -, que nos braves troupiers, enfin, n'auront 
pas retiré les marrons du feu pour tous les Bertrands de 
la politique. 



Paris. — Imprimé par E. Thîjnot et G e , 26, m 9 ÏUeiue. 



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